Je suis féministe

jeudi 24 mars 2016





Récemment, le féminisme a fait les manchettes. Le féminisme est-il utile en 2016, se questionnaient les médias. Les commentaires masculinistes ont déferlé. Le féminisme est désuet, les féministes, toutes des extrémistes.



Chaque matin, je lisais de plus en plus de commentaires qui critiquaient les raisons d’être du féminisme. Rien de très bien argumenté.


Pour moi, le féminisme demeure une nécessité, même en 2016, surtout en 2016, donc de voir un si grand nombre d’hommes et de femmes s’entendre pour dire que le féminisme avait atteint ces objectifs d’égalité me troublait incroyablement. Heureusement, à travers la lecture de ces propos troublants, j'ai pris connaissance de la page Nous sommes féministes, qui présente le portrait de plusieurs femmes expliquant en quoi le féminisme est nécessaire selon elles, argumentant pourquoi elles sont féministes.

J’ai trouvé ça beau et il m’est apparu nécessaire de faire le même exercice.


Je suis féministe parce que toutes les statistiques concernant l’intégration économique des femmes m’attristent. Parce qu’il y a encore des milieux d’hommes et des milieux de femmes.

Je suis féministe parce qu’il y en a encore qui justifient l’iniquité comme un choix des femmes.

Je suis féministe parce qu’on sexualise le corps de la femme. Parce qu’encore pire, on sexualise celui des enfants.

Je suis féministe parce qu’il ne faut pas porter certains vêtements dans les écoles pour ne pas déconcentrer les garçons. Parce qu’on apprend aux jeunes femmes à ne pas se faire violer plutôt que d’apprendre aux hommes à ne pas violer.

Je suis féministe pour toute les fois où je suis sortie dans un bar et qu’une main inconnue venait se promener sur mon corps.

Féministe parce qu’il y a encore des gens qui pensent que ma façon de m’habiller était une invitation.

Je suis féministe pour toute les fois où un ami m’invitait à dormir après une soirée trop arrosée, et que finalement je passais la nuit les yeux ouverts, à ne pas savoir comment réagir à l’érection qu’il appuyait contre mon corps. Pour les fois où je me suis endormie au côté de quelqu’un avec qui il ne s’était jamais rien passé pour me faire réveiller par lui qui prend la main pour la poser sur son sexe.

Je suis féministe parce qu’encore trop de gens croient qu’en acceptant de dormir chez quelqu’un, je devais bien m’attendre à ce qu’il essaie de coucher avec moi. Parce qu’il y a encore des gens pour dire que c’est un peu agace, quand même, te retrouver dans le même lit que quelqu’un. Ben oui, même si t’es habillée. Ah bon. Même si c’était au départ une invitation banale à dormir quelque part comme mille fois avant, parce qu’il n’y a plus de métros. Féministe parce qu’on me demande je m’attendais à quoi. À dormir. Je m’attendais juste à dormir.

Féministe pour toutes les fois où je me suis sentie mal de ne pas avoir envie de baiser. Pour toutes les fois où j’ai attendu un peu avant de dire que c’était trop fort, trop violent, parce que l’autre semblait avoir du plaisir. Je suis féministe pour toute les fois où j’ai eu l’impression d’être un objet. Féministe parce qu’encore trop de gens pensent que le viol conjugal, ça n’existe pas.

Je suis féministe parce que trop d’hommes ne réfléchiront pas à leurs propres comportements en lisant ça. Parce que trop vont simplement s’affirmer qu’ils ne sont pas comme ça.

Féministe parce qu’on m’a répondu que j’avais envoyé des signaux erronés à un homme en acceptant un verre qu’il m’offrait, pour justifier qu’il m’ai suivi à la sortie d’un bar en me criant des insultes. Je suis féministe parce qu’il a fait arrêter un taxi en m’intimant de monter pour le suivre chez lui. Parce que ni les piétons, ni le chauffeur de taxi n'ont sourcillés. 

Je suis féministe pour toute les fois où j’ai hésité entre marcher seule dans les rues ou risquer de tomber sur un chauffeur de taxi qui allait m’entretenir de façon déplacée.

Je suis féministe pour toutes les fois où je me suis fait catcaller. Pour toute les fois où on m’a dit que j’exagérais d’être en criss pour ça. Parce que te faire dire que t’as un beau p’tit cul par un inconnu, faut que tu le prennes comme un compliment maladroit. Féministe parce que depuis que je suis jeune on m’apprend à me méfier et que par conséquent, c'est un peu ma faute si un homme agit de manière indécente avec moi.

Je suis féministe pour toutes les fois où j’ai dû parler plus fort pour me faire écouter. Pour toutes les fois où je suis devenue la fille un peu trop intense à cause de ça.

Féministe parce qu’il n’y a pas une semaine sans que je me fasse mansplain. Parce qu’il n’y a pas un jour sans que j’entende ou lise des propos masculinistes.

Je suis féministe parce qu’on m’a déjà dit que je serais belle si j’avais des gros seins ou si je perdais 5 livres. Parce qu’un ex m’a dit qu’il me payerait des faux seins un jour, parce que si le corps d’Emily Ratajkowski ne me parle pas comme modèle de beauté, c’est sûrement que je suis un peu jalouse, parce que toutes les femmes aimeraient avoir ce corps-là.

Je suis féministe parce que trop souvent, on parle de toutes les filles comme si on constituait une masse homogène.

Je suis féministe parce que si je jouais dans une ligue de ballon-chasseur composée presqu’exclusivement d’hommes, c’était nécessairement pour essayer de rencontrer quelqu’un. Parce que de porter des shorts en plein été dans un endroit avec autant d’individus du sexe masculin, c’était d’être quelqu’un qui cherche l’attention.

Féministe parce que mes mamelons dérangent. Parce qu’on me dit discrètement qu’on peut voir que je n’ai pas de brassière en pointant le relief sur la poitrine. Parce que mes seins devraient être gros et rond, mais qu’on ne devrait pas voir le soutien-gorge qui crée le subterfuge. Parce qu'au final, on se fait slutt-shamer que l'on porte une soutien-gorge ou non.

Je suis féministe parce qu’à chaque fois que je parle du mouvement Free the nipple, y’a quelqu’un pour me dire que lui, ça ne lui dérange pas que je lui montre mes boules.

Je suis féministe parce qu’il y a encore des gens qui trouvent ça dégueulasse, la Diva Cup. Parce que c'est tabou les menstruations. Parce que si je suis outrée de quelque chose, c’est probablement parce que j’ai mes règles.

Je suis féministe pour toute les fois où les féministes se font rebaptiser féminazis.

Je suis féministe pour toutes les autres. Féministe parce que je suis en colère. Parce que même si mon expérience de la société me permettra de justifier mon féminisme tant qu’il le faudra, je suis consciente de faire partie d’une classe de femmes privilégiée. Je suis féminisme pour toutes les femmes racisées, pour toutes les femmes d’orientations sexuelles différentes, pour toute celle qui ajoute à leur combat féministe celui de l’intersectionnalité ou de la pauvreté.





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