Je suis pas carriériste, pis après?

lundi 11 avril 2016

Depuis mes 16 ans, j’ai traversé pas mal de crises existentielles. La majorité de celles-ci étaient liées à mon incapacité à répondre à la question : «Qu’est-ce que tu veux faire plus tard?». Alors que la plupart de mes amies avaient une idée bien précise de ce qu’elles voulaient faire plus tard et avaient une trajectoire bien précise en tête pour se rendre à leur objectif, je feuilletais avec acharnement les guides collégiaux à la recherche du bon programme pour moi. À la suggestion de ma conseillère en orientation, j’ai choisi les sciences de la nature, parce que ça ouvre toutes les portes. Définitivement pas des portes que je voulais ouvrir, après deux semaines je demandais d’être inscrite en Arts & Lettres à la session suivante.

Mon cheminement universitaire a été une succession de remises en question. J’ai changé de programme 4 fois, pour terminer avec autant de certificats. Bien que je sois capable de voir une cohérence dans mon avancement scolaire, j’ai en réalité avancée à tâtons afin de me rapprocher le plus possible d’un ensemble d’habilités qui me permettrait d’exercer un métier qui me convient.
J’ai eu mon diplôme, et j’ai eu la chance de m’exiler en voyage avant d’avoir à répondre à la fameuse question qui me torturait depuis des années : « Qu’est-ce que tu veux faire de ta vie?». La réalité, c’est que je ne le sais pas. Je ne le sais pas encore, je le saurai probablement jamais.
Je suis incapable d’avoir un five year plan, niveau carrière. Je suis trop intuitive, trop impulsive pour me projeter aussi loin. J’ai réalisé que j’avance au feeling. Que quand quelque chose m’interpelle, j’avance vers cela, et quand ça ne me parle plus, je me dirige vers autre chose. Ce n’est pas un manque de persévérance, c’est plutôt être à l’écoute des mes besoins et de mes envies du moment.
Je ne suis pas une carriériste. Je n’ai pas envie d’un titre, pas besoin d’un salaire dans les six chiffres pour me sentir épanouie. Ce que j’attends d’un travail, c’est qu’il comble mes besoins du moment, qu’il me drive.
En ce moment, je suis de l’autre côté de l’océan pour écrire un livre qui sera peut-être jamais sur les tablettes d’une librairie. Je le fais parce que quand est-ce que je vais le faire sinon? Ça ne paye rien, je vis sur mes économies et je mange ben des pâtes, mais je suis vraiment incroyablement heureuse. Ça m’a rappelé ce qu’une très douée conseillère en orientation m’a dit, quand je lui expliquais mon incapacité à avoir des plans de carrières : «Toi, t’as besoin de gravir tes échelons intérieurs, pas ceux d’une compagnie.». Depuis que j’ai acceptée ça comme ma réalité, j’ai réalisé que les trous sur mon CV n’étaient pas ben graves si au final je me développais.
Crédit The Small Forest
À quelques mois de revenir au pays et de commencer ma vraie vie d’adulte, j’ai donc arrêté de me chercher à travers un futur emploi. Arrêter d’être en quête de la réponse à la question qu’on me pose depuis des années. J’ai décidé de seulement suivre là où la vie m’emmène. J’ai confiance et je suis ouverte aux opportunités autour de moi. Depuis que j’ai décidé de go with the flow, je me sens plus épanouie, je suis plus heureuse. Pis honnêtement, mon five year plan, ce serait de rester dans cet état d’esprit-là. Parce qu’aimer ce que je fais, ce que je suis, au jour le jour, c’est pas mal plus important pour moi que de savoir où je vais être professionnellement dans cinq ans.
Je suis peut-être pas carriériste, mais j’ai pas mal d’ambition. 

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