Minimalisme, souvenirs et culpabilité

lundi 3 juillet 2017


C’est lorsque j’étais en Europe, avec probablement moins du centième de mes possessions, que j’ai considéré avec intérêt le minimalisme pour la première fois. Je me souviens avoir pensé avec un peu d’angoisse à la majorité de mes possessions, qui gisaient dans le sous-sol familial, attendant d’être déménager dans mon nouvel appartement torontois.

Déjà, en France, j’avais commencé à épurer les vêtements qui ne me faisaient plus, ceux que je ne voyais pas comme une part de la nouvelle garde-robe minimaliste que je convoitais, ceux que je ne pouvais plus voir en photos pour les avoir trop portés. J’avais aussi fait un immense tri de ma trousse à cosmétiques, ne conservant que le strict minimum, moi qui dévalisait hebdomadairement le Sephora.

Je me souviens, lors de ce premier tri de vêtements, avoir mis dans la pile de vêtements à donner un chemisier offert par mon petit dude, juste avant que l’on parte en voyage. Chemisier que j’avais mis une seule fois en six mois. Un beau morceau, mais le genre de trucs que je n’achète pas, entre autres parce que ce n’était ni noir, ni marine, ni gris. Et oui, ma garde-robe, si garnie soit elle à l’époque, avait déjà une étendue chromatique assez limitée.

Ce chemisier, donc, je m’étais sentie un peu coupable en le mettant dans la pile À donner, mais comme je ne l’avais porté qu’une fois, je trouvais un peu ridicule de lui faire une place dans ma nouvelle garde-robe épurée.

L’amoureux qui passait par-là (assez facile d’être dans la parage, comme nous vivions dans un studio) a vu le morceau en question sur la pile de vêtements. Il s’est exclamé parce qu’il ne savait pas que j’avais amené son cadeau en Europe, et il était vraiment heureux parce qu’il trouvait que ce morceau m’allait très bien. Malaise. Devais-je lui dire que ce morceau trônait sur ma pile À donner?
Je lui ai souris. La culpabilité a pris le dessus, j’ai déplacé la chemise dans la pile À reconsidérer. Puis, j’ai essayé le morceau, c’est vrai qu’il m’allait bien. Je me suis dit que je devrais peut-être ajouter un peu de couleur dans ma garde-robe, justement.

Un an plus tard, je l’ai porté deux fois. J’ai essayé de justifier ma décision de ne pas la donner de toute sorte de façon (je vais la mettre cet automne, je vais la mettre quand je vais trouver des leggings, je vais la porter comme lounge wear). Bref, j’ai essayé de justifier le fait de conserver un vêtement porté trois fois en 18 mois parce que je me sentais trop coupable de me débarrasser d’un cadeau.

Ce week-end, j’ai finalement décidé de me départir de ce morceau. Je sais que si je le conserve, il risque de rester suspendu à son cintre pendant les prochains mois. Je sais que si je le porte, ce sera probablement parce qu’il me nargue chaque matin, et que je me sens un peu mal de ne pas le porter. Je sais que je ne me réveillerai jamais en aillant envie de le mettre, et que je ne serai jamais déçue de constater qu’il est au lavage (deux bons indices si vous vous demandez si vous devriez conserver un morceau ou non.)

Cette chemise, c’était ma première expérience de la culpabilité que l’on peut ressentir lorsque l’on décide d’épurer son environnement. Et pourtant, ce n’était qu’un bout de tissu. J’ai par ailleurs constaté, avec mon déménagement, que l’on accorde une importance émotionnelle beaucoup trop grande aux objets. Qu’on s’y attache et qu’on les associe trop à nos souvenirs.

Je pense entre autre aux pyjamas que ma mère me donnait chaque année. Avant je m’en débarrassais sans réfléchir quand je ne les portais plus. À son décès, j’ai tout conservé pendant quelques années. Ceux qui ne me plaisait pas et que je n’avais pas osez lui demander de retourner quand elle était malade. Ceux qui ne me faisaient plus et que j’avais retrouvé dans la maison familiale. J’ai longtemps appréhendé le moment de m’en départir, mais je ne les portais pas. Je ne les regardais pas pour me remémorer des souvenirs. Je me sentais seulement trop coupable pour ne pas les conserver. Quelle personne ingrate j’étais de ne pas m’accrocher à ses derniers cadeaux qu’elles m’avaient offerts. J’avais l’impression de ne pas accorder suffisamment d’importance au souvenir de ma mère pour faire une place à quelques morceaux de vêtements.

Puis un jour, j’ai fait le saut. J’ai tout amené dans un centre de dons, sauf un pyjama qui me rappelait les matins de Noël. Et honnêtement, je n’ai jamais regretté le moindre de ces morceaux. Je n’ai pas l’impression d’avoir perdu certains souvenirs. Après tout, ce ne sont pas les vêtements entassés dans le fond d’un tiroir qui me rappelait nos traditions. Ce processus a été une grande étape dans ma capacité à me départir d’objets plus sentimentaux.

J’ai longuement poursuivi ma réflexion au sujet de l’attachement que l’on porte aux biens matériels, ce qui m’a finalement permis d’entreprendre, plus sereinement, le tri des nombreux albums photos que ma mère m’a laissé. Des milliers de clichés. Je suis loin d’avoir terminé, mais je suis maintenant prête à choisir les clichés que je veux chérir. Il y a des lots de clichés avec des gens que je ne connais pas, et des centaines de photos presque identiques (je suis enfant unique, donc chaque parcelle des dix premières années de ma vie a été immortalisé en de multiples clichés) dont je suis en train de me départir. J’ai comme objectif de me limiter à un album pour les vingt premières années de ma vie. Puis, pour la suite, je verrai. Il faut garder en tête que tout cela est un processus.


Et vous, vous êtes-vous départi d’objets auxquels vous accordiez une valeur sentimentale? Comment est-ce que cela c’est passé? 
2 commentaires on "Minimalisme, souvenirs et culpabilité"
  1. C'est étrange, les souvenirs. À 42 ans, je peux dire qu'il ne reste à peu près rien de mon enfance. Un album photo familial, oui, mais sinon je n'ai rien gardé. Ni mes albums photos de classe, ni collections de timbre, ni bricolages, ni travaux scolaires. J'ai une bonne mémoire de mon enfance, j'en ai pas besoin. Peut-être qu'un jour je vais regretter. Mais je suis d'accord qu'un album de photos pour couvrir ta jeunesse, c'est bien assez. Je suis photographe amateur et je me donne toujours comme règle de ne garder qu'une seule photo par sujet par séance photo. C'est un autre dossier, mais c'est assez rare que je retourne voir mes photos de toute façon :)

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    1. Je trouve beaucoup plus facile de prendre moins de photos maintenant, et de ne garder que les significatives, que de me débarrasser de celles qui existent déjà. La peur du regret, probablement.

      Et là, je suis pareille à toi : je retourne très rarement voir mes photos. :)

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